mercredi 16 juillet 2025

L'auteur

 

 

 

Ce blog de poèmes recense les écritures poétiques de Jean-Pierre Estrade, et non celles de VMH, auteur des blogs rattachés.

Ils ont été posés ici afin qu'ils soient facilement accessibles et pour leur donner davantage de chances d'être lus (ou écoutés, puisque la plupart ont été mis en musique)

Le titre du blog provient de l'un des poèmes de JP Estrade, de même que l'adresse.

(Image créée par JPE)

mardi 15 juillet 2025

Le Baveux et la Nue (M)

 
 
 

 
 
Le Baveux et la Nue  (mise en musique)
 
(Pardonnez les coquilles)
Dans le vieux caniveau tout noir de sa misère
Un escargot traînait sa coquille en galère
Il ne causait pas trop, rêvassait sous le ciel
Quand la limace brillait en répandant le fiel. 
 
-Oui, moi je suis nature, et je montre mon cul
J'me planque jamais, espèce de cocu
Quand j'mouille, ça s'voit, ça fait baver les foules
Et même les cloportes se feraient bien ma moule
Toi, t'as le dos caché et dans ton vieux camion
Tu vis tout seul, tout lent, tu passes pour un con.
 
Tu ne sais pas très bien vivre, t'es qu'un gluant coincé,
Un mollusque rangé qu'on n'ose pas baiser !
L'escargot leva l’œil, un brin désabusé
Mais la voix grave, calme, un peu désenchanté;
 
-Tu crois que 'mettre à poil, c'est vivre en vérité,
C'est exhiber ses fesses pour des cons excités
Chuis p'têt un branleur, hermaphrodite et mou,
Mais j'fais l'amour peinard, planqué dans mon vieux trou
 
Et quand j'me fous la main, je ne suis pas futile
C'est pas pour l'plaisir, c'est pour me rendre utile,
Chuis p'têt cocu, ou pire, pas même désiré
Mais j'porte mes deux cornes sans jamais les plier
 
C'est pas pour tromper l'autre -y en a même pas, tu vois
Mais pour tromper l'ennui lorsque le temps est froid
Et puis, faut pas rêver, quand j'me fais écraser
Y a toujours de la bave qui cherche à bourgeonner.
 
On me passe dessus, mais demain, qui sait ?
Y a p'ête un p'tit gluant planqué dans le foyer.
La limace souffla, le rire de travers
C'est jamais agréable de finir dans un ver.
 
Elle brillait encore, mais sans feu sous la peau,
Tandis qu' l'escargot s'éloignait du troupeau. 
 

vendredi 4 juillet 2025

La courbe de tes phrases


  Mise en musique
 
Sur cet écran si tiède, royaume des désirs feints
Chacun soigne sa pose, en langue bien domptée.
La phrase est un corset, la rime une fierté,
Et le style fait foi, plus que tous les refrains.
 
La belle aux mots choisis peaufine son lexique
Ses voyelles sont parfumées, ses sons, éclairs voilés.
Elle glisse un soupir dans un vers affûté,
Et s’offre en enjambées plutôt qu’en robe antique.
 
Le galant, front penché sur son clavier blafard,
Sort l’ellipse feutrée et la clause amoureuse.
Il flatte avec prudence, en syntaxe heureuse,
Et bande un subjonctif pour frapper au hasard.
 
Ils jouent de l’épithète en d’étranges caresses,
Ses accents circonflexes distribuent des yeux doux
 l s’approche en tercet, elle esquive en dessous,
Les guillemets s’éclatent en bulles de tendresse.
 
Les points sont des soupirs, les virgules des mains,
Le verbe un corps tendu, le rythme une cadence.
On se frôle en figures, on mime l’indolence,
Et l’on s’aime en pixels, sans croiser les chemins.
 
Mais l’amour sans regard n’est qu’un bal d’illusions,
Un bal où l’on parade en beautés syntaxiques,
On désire un écho, des ivresses graphiques,
Et l’on meurt d’être lu, plus qu’en toute passion.

 4 juillet 2025

 

Explication de texte 

Le deuxième titre « la courbe de tes mots » est un titre parfait.
« Le charme des belles lettres », premier titre, était joli, mais plus banal, moins évocateur.« La courbe de tes mots » rappelle le titre d’un beau poème d’amour de Paul Eluard « la courbe des tes yeux »,  et résume bien le contenu : le mot « courbe » évoque la chair dans ce qu’elle a de plus beau, et l’expression « tes mots » annonce l’aspect littéraire.

Le paradoxe qui apparaît d’emblée est le suivant : d’un côté le texte dit que les mots ne sont qu’illusion et loin de la vie incarnée, de l’autre les mots du poème expriment une grande sensualité ce qui ramène justement à la vie incarnée, à la chair et à ses plaisirs.

Le poème est composé de six strophes :

 la première plante le décor (l’écran)

la deuxième décrit la femme,

la troisième est consacrée à l’homme,

les strophes 4 et 5 décrivent le jeu syntaxique comme mime du jeu amoureux,

la dernière strophe ramène à la réalité et décrit, si j’ose dire, la débandade.

 

La première strophe confirme qu’il s’agit d’un jeu de séduction par les mots et annonce aussi la fin du poème par l’adjectif « feints » qui parle de fausseté du désir exprimé.
Mais déjà l’auteur installe les protagonistes par le mot « pose » (là où prose eût été plus logique) et quelques mots polysémiques installent le trouble : le corset, la langue bien domptée.
 
La 2ème strophe est consacrée à la belle, à sa façon d’écrire. Les mots sont choisis à dessein pour confirmer le trouble déjà annoncé : les voyelles sont parfumées, les sons voilés, on glisse des soupirs et on s’offre en enjambées (enjambées est du langage de la versification mais prend ici un sens franchement érotique).
La belle peaufine son lexique : même si le verbe « peaufiner » est tout à fait approprié ici, on lit (ou on entend) quand même aussi « peau fine ».

 La 3ème strophe, consacrée au galant, est moins franchement érotique, mais l’ellipse feutrée frôle joliment le lecteur. Et le dernier vers « Il bande un subjonctif » ne nécessite aucune explication.

 La 4ème et la 5ème strophe décrivent un acte amoureux à travers les mots, il ne faut pas être professeur de français pour le comprendre, mais peut-être qu’un professeur de lettres trouvera cela  particulièrement jubilatoire.

De caresses en soupirs, de jeux de mains en corps tendu, le rythme s’accélère et on n’est pas loin de l’orgasme (sur ce point, les deux derniers vers de la strophe 5 sont un peu décevants, on s’attendait à davantage, mais le subjonctif ayant déjà été bandé plus haut, on se retrouve dans une sorte d’indolence un peu mollassonne, si vous permettez).

 La dernière strophe annonce un retour à la réalité par le mot « mais », qui vient contredire les 5 strophes précédentes. Ces jeux syntaxiques ne sont qu’un bal d’illusions, une parade.Pire encore : on meurt d’être lu.
Cette phrase peut s’interpréter de diverses façons, mais le verbe « mourir » est très fort quelle que soit l’interprétation.

En conclusion, pour l’auteur les jeux de séduction syntaxique ne sont qu’une illusion, qui ne débouche sur rien d’incarné, ou pire, sur la mort (la mort du désir ?).

Comme dans beaucoup de ses textes l’auteur a habilement tissé les mots dans une trame serrée, comme pour les cacher derrière des voiles de pudeur.
Mais ils ne peuvent se cacher totalement, ils éclatent littéralement de sensualité.

 Si l’on prend les mots évocateurs de sensualité à la file sans les relier, on arrive à une sorte de texte intéressant ou plutôt, disons le, franchement érotique.

"Tièdes les désirs, la pose, la langue domptée, le corset,  la peau fine, parfumée, les voiles, un soupir, enjambée, en robe antique
L’ellipse feutrée, amoureuse, la prudence, il bande
D’étranges caresses, les yeux doux, il s’approche, elle esquive, en dessous
Ils s’éclatent
Des soupirs, des mains, un corps tendu, le rythme, la cadence,
On se frôle, on s’aime en pixels, On désire l’ivresse."

 La virtuosité du poète est si grande à décrire ces jeux que l’on ne peut s’empêcher de penser qu’il les a forcément pratiqués pour si bien les décrire.

 

mardi 14 janvier 2025

Abîme (M)


https://youtu.be/Tf2TYumdmZo?si=tvAZH34KFio6xvze 

Quand tape le soleil et que l’eau se fait rare
Que le sable du temps brûle jusqu’à nos yeux
Qu’il n y a plus personne pour nous rendre joyeux
Que reste-t-il à l’homme pour vivre son histoire ?

Alors dans ce désert que procurent les juges
Où les gens nous regardent comme des voleurs de vieux
Derrière les barreaux de tous ces pauvres gueux
L’on survit comme on peut en cherchant un refuge.

Nous prions le destin qu’il défende la cause
D’un condamné pour rien au tribunal du mieux
Nous rêvons d’une fleur qui irait jusqu’aux cieux
En souhaitant que nos larmes arrosent cette rose

Comme il est difficile dans ce monde sans âme
De vivre dans la paix de ceux qui ont tout donné
Alors qu’on nous demande d’être suppliciés
D’avoir commis l’outrance d’avoir cru en la femme.

Faut-il aimer la vie ? Doit-on dire à l’amour
D’aller se faire voir au bordel de la ville,
Dans ces lieux où l’on paye afin d’être tranquille
Où le fait d’aimer l’autre n’est pas un geste lourd ?

Chacun fait son chemin quand la vie nous sépare
Mais pourquoi toujours vouloir se retourner
Au lieu de faire le choix de se faire oublier
Parce que quoique l’on pense, il est déjà trop tard

Puisqu’il en est ainsi en cherchant une excuse
Dans la faute de l’autre en effaçant son crime
Puisse-t-il se trouver au-delà de l’abîme
Un enfer ou l’on brûle ceux qui tuent et accusent.

JPE

dimanche 12 janvier 2025

Au coin du feu (M)



 AU COIN DU FEU

Le général hiver a lancé l’offensive,
Avec son avant-garde de gris et de frimas
Ce matin il a plu, c’est la grande lessive
De nos idées reçues en terme de climat.

J’ai allumé le feu en attendant la neige,
La cheminée expose les flammes orangées
Qui dansent la samba, composant les arpèges
La symphonie du chaud de ces jours oubliés.

Ma grand mère contait, nous écoutions l’histoire,
Enfants que nous étions, émerveillés de tout.
Nos écrans à l époque étaient cet âtre noir
Où se jouait la pièce des moments les plus doux.

C’est bien au coin du feu que j ai appris tant de choses,
Lorsque l’hiver venu les mots qu’on écoutait
Forçaient à l’attention et nous dictaient la prose
De ce qu’est une vie où il n y a qu’un été.

JPE -Novembre 2022

 

vendredi 10 janvier 2025

Au pays des brumes


 

 

 

 

 

 

 

 
 
En ce matin brumeux parfumé des délices
De ces odeurs de rose, de frissons amoureux
La terre se réveille, mon cœur est au supplice
De ne pouvoir offrir à l élue de mes yeux

La fleur de mon ardeur de renaitre le jour
Des nuits de cœur battant, des rêves en éclipse
Du soleil de minuit des jardins de l’amour.
S’il est un jour de deuil, qu’enfin on en finisse.
 
Puisse le chant du coq ôter de ma douleur
L’impossible misère des amants solitaires
Dont l’âme se morfond dans l’espoir d’un bonheur
Hypothétique droit de ceux que l’on fait taire

La mémoire est ténue lorsque le corps se lasse
Les souvenirs s’en vont au pays des oublis
La caresse du corps dont le plaisir se passe
Devient poussière d’ange au sein de nos envies

J’offre ces quelques mots aux pauvres malheureux
Qui ont pour compagnons l’espérance du vide,
Le besoin de donner et qui gardent pour eux
L’expression d’un aveu tellement insipide.

Puisque le jour se lève et que le soleil brille
Choisissons en rayon ce qu’offre la chaleur
Après l’hiver qui tue lorsque tout part en vrille
Quand le froid mord la peau, que monte la clameur

Des révoltes sans nom des mendiants du bonheur

JPE 

Photo de l'auteur

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